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Lors du Grand débat sur TF1, Emmanuel Macron et François Fillon se sont opposés à propos des retraites. L’ancien Premier ministre a lancé au précédent ministre de François Hollande: «Je mets en garde les Français contre l’illusion d’une retraite par points, qui est une manière de baisser chaque année la valeur du point». Emmanuel Macron souhaite constituer «un seul régime unifié» de retraite dans lequel «un euro cotisé donne les mêmes droits pour tous» grâce au «cumul de points dans un compte personnel». Ce mécanisme ne concernerait pas les nouveaux retraités avant cinq ans, mais serait pleinement effectif d’ici dix ans.

Le candidat de la droite, qui a déjà conduit deux réformes des retraites en 2003 et en 2010, souhaite quant à lui repousser l’âge légal de départ à la retraite à 65 ans, une mesure rejetée par son rival.

Comparaison des deux méthodes.

● Emmanuel Macron: «un euro cotisé donnera les mêmes droits à la retraite»

Le leader d’En Marche a déclaré qu’il ne proposait pas «de faire une énième réforme pour bouger l’âge de départ» mais d’engager «une réforme en profondeur comme les pays scandinaves l’ont fait».

Il fait référence au modèle suédois de retraite par points, qui est, comme en France, un régime par répartition et non par capitalisation. Alors que le système d’annuités en France détermine le niveau à partir duquel on dispose d’une retraite à taux plein, le système par point fait que chaque travailleur reçoit des points au fur et à mesure qu’il cotise en travaillant. Un Suédois perçoit en quelque sorte des couronnes suédoises fictives qui lui indiquent le niveau de sa future pension.

Retraite par points: le risque d’une baisse des pensions mais une incitation à travailler

Emmanuel Macron n’a pas précisé qu’en Suède, le niveau du point est revalorisé en fonction des conditions démographiques et macroéconomiques pour que le système des retraites soit financièrement équilibré. Conséquence, avec une démographie et une croissance faibles, le risque est que le point soit revalorisé à la baisse. Un constat que dresse l’économiste Jacques Garello: «C’est bien beau de cotiser des points, mais le problème c’est que l’on ne sait pas quelle valeur ils auront quand on les liquidera». C’est ce qu’a suggéré François Fillon lors du débat: «La retraite par points, c’est surtout une manière de baisser le niveau des pensions en réglant chaque année la valeur du point». L’économiste Thomas Porcher surenchérit sur Twitter: «La retraite à points de Macron a été appliquée en Suède. Elle a abouti à une baisse des pensions. Ce système ne profite qu’aux cadres».

En revanche, pour l’économiste Florence Legros, «le système par point a le mérite d’inciter les actifs à travailler plus longtemps pour obtenir une meilleure retraite». «C’est probablement plus efficace que d’obliger les personnes à travailler plus longtemps en fixant comme en France un âge légal et un nombre d’annuités», ajoute la directrice générale d’ICN Business School.

François Fillon: garantir le niveau des pensions en repoussant l’âge légal de départ à la retraite

«On sécurisera le financement des retraites, sinon les pensions baisseront», a mis en garde l’ancien Premier ministre qui compte sur le passage progressif à 65 ans pour augmenter les petites retraites et les pensions de réversion.

De son côté, Emmanuel Macron reproche à François Fillon de vouloir réaliser «plusieurs dizaines de milliards d’économies sur le dos des Français» en proposant de repousser l’âge légal. Le candidat d’En Marche ne précise cependant pas que l’âge de la retraite est certes flexible en Suède (entre 61 et 67 ans) mais que la pension de retraite n’est complète qu’à 65 ans, ce qui est d’ailleurs l’âge effectif moyen de cessation d’activité. Ce qui fait dire à Florence Legros qu’en un sens, «les réformes des deux candidats reviennent au même» sauf que, dans un cas, l’objectif est atteint par obligation et dans l’autre par incitation. Pour François Fillon comme pour Emmanuel Macron, «le principe reste bien de faire des économies», ajoute l’économiste.

Les réformes de Fillon et Macron ne sont pas forcément contradictoires

Le candidat de la droite et du centre n’est pas opposé à une retraite par points «comme propose M. Macron» mais considère qu’il faut au préalable sécuriser le financement des régimes de retraite. Ces deux réformes ne sont pas forcément contradictoires, confirme l’économiste Philippe Crevel. Quand on passe à une retraite par points, on obtient un régime unifié où tout le monde est traité de la même façon. «Il y a forcément des perdants et des gagnants», précise le directeur associé de Lorello Ecodata. En passant à un âge légal de départ à la retraite à 65 ans, on se donne ainsi des marges de manœuvre budgétaires et des capacités de transfert pour pouvoir compenser le cas échéant d’éventuelles inégalités.

Marc Touati se révèle beaucoup plus critique à l’endroit des propositions des deux candidats. «Même si François Fillon semble plus lucide sur l’état de quasi-faillite de nos retraites, il ne va pas jusqu’au bout des choses et n’admet pas que le système par répartition est mathématiquement condamné dès lors qu’il n’y a plus qu’1,3 actif pour un retraité contre 3,4 lorsqu’il a été créé après la Guerre». «Ce n’est pas une question de libéralisme, mais de bon sens: il faut prévoir de compléter le système de répartition par un système par capitalisation», ajoute l’économiste, qui considère que le passage à une retraite par points ne permet pas de répondre à l’ampleur du défi. «Repousser l’âge légal de départ à la retraite non plus», surenchérit Jacques Garello qui juge que la proposition de François Fillon est un «emplâtre sur une jambe de bois». «Les Français ne le savent pas parce que cela n’apparaît pas sur leurs fiches de paie, mais les retraites coûtent 2500 euros par an pour un salarié au SMIC, soit deux mois de salaires nets», conclut l’économiste partisan d’un régime par capitalisation.